Novembre compte parmi les meilleurs mois pour lever les yeux en Lorraine. Les grues cendrées traversent le ciel en grands V sonores, les canards venus du nord de l'Europe s'installent sur les étangs et les petits passereaux se rapprochent des jardins. Ce blog d'actualités et d'informations consacré à la nature lorraine fait le point sur ce qu'il faut guetter en ce moment, sur les sites où l'observation reste facile et sur la manière d'organiser une sortie réussie avec des enfants. Vous y trouverez aussi un rappel utile sur ce que l'on a le droit de rapporter d'une balade, parce que la curiosité des plus jeunes ne s'arrête jamais aux jumelles.
Novembre en Lorraine : le grand passage au-dessus des étangs
La vedette de la saison, c'est la grue cendrée. Chaque automne, des dizaines de milliers d'oiseaux quittent la Scandinavie et l'Allemagne pour rejoindre la France et la péninsule Ibérique. Une partie fait halte au lac du Der, tout proche, et les vols survolent largement la Meuse et la Meurthe-et-Moselle. On les entend souvent avant de les voir : un cri roulé, trompettant, qui porte à plusieurs kilomètres. Les passages les plus spectaculaires suivent en général un coup de froid au nord, quand les oiseaux décident de partir en masse le même jour.
Sur l'eau, le décor change aussi. Sarcelles d'hiver, fuligules milouins et morillons, canards souchets et grands cormorans forment des radeaux de plus en plus fournis à mesure que les températures baissent. Les hérons cendrés et les grandes aigrettes restent faciles à repérer sur les berges. Au jardin, il n'est pas rare de croiser des tarins des aulnes ou des pinsons du Nord mêlés aux mésanges habituelles.
Les dates exactes varient d'une année à l'autre selon la météo. Mieux vaut donc garder un œil sur le ciel plusieurs semaines de suite plutôt que de miser sur un seul week-end.
Quatre sites lorrains où sortir les jumelles
Inutile de partir loin : la région compte quelques zones humides remarquables, accessibles par des sentiers balisés.
SiteSecteurÀ guetter en novembreBon à savoirLac de MadineMeuse, Parc naturel régional de LorraineCanards hivernants, grèbes, grues de passageTour du lac praticable en famille, observatoires sur la partie protégéeÉtang de LindreMoselle, pays des étangsHérons, aigrettes, canards, pygargue à queue blanche certains hiversRéserve encadrée : rester sur les chemins et respecter les zones ferméesPlaine de la WoëvreMeuse, pied des côtes de MeuseGrues au sol, buses, fauconsObserver depuis la voiture ou un chemin agricole, sans entrer dans les champsGravières de la vallée de la MoselleMeurthe-et-Moselle et MoselleCormorans, fuligules, mouettesSites proches des villes, pratiques pour une sortie d'une heureDans les réserves, la règle est simple : l'oiseau a priorité. Un groupe d'oiseaux qui s'envole à votre approche dépense une énergie précieuse en plein hiver. Si les canards se mettent à nager vers le large, c'est le signal qu'il faut reculer.
Organiser une sortie d'observation avec des enfants
Une sortie ornithologique en famille réussit quand elle reste courte et ludique. Voici ce qui fonctionne le mieux sur le terrain :
- Le bon créneau : le début de matinée ou la fin d'après-midi, quand les oiseaux sont actifs et la lumière plus douce.
- Une durée raisonnable : une heure et demie suffit largement avant 10 ans. Au-delà, le froid et l'attente l'emportent.
- Du matériel léger : une paire de jumelles de grossissement 8 se tient facilement par de petites mains, un guide illustré simplifié complète l'ensemble.
- Une tenue adaptée : couches chaudes, bottes pour les berges boueuses, couleurs sobres plutôt que fluo.
- Un défi : compter les espèces différentes, dessiner la plus grande, reconnaître un cri.
Le jeu du silence marche étonnamment bien. On s'assoit deux minutes sans parler, puis chacun raconte ce qu'il a entendu. Les enfants découvrent alors que le bord d'un étang est tout sauf calme : cris de foulques, battements d'ailes, appels lointains des grues.
Ce que l'on trouve au bord du chemin, et ce que l'on peut emporter
Scène classique au retour d'une berge : un enfant brandit une longue plume rayée de buse ou le petit éclat bleu d'un geai, ravi de sa trouvaille. Le réflexe naturel serait de la glisser dans la poche. Pourtant, en France, la grande majorité des oiseaux sauvages sont des espèces protégées, et la réglementation encadre aussi la détention et le transport de parties de ces animaux, plumes comprises. Dans le doute, la prudence consiste à considérer que la trouvaille reste sur place.
Cela n'empêche pas d'en tirer une vraie leçon de nature. Une plume se lit comme un indice : une rémige, longue et asymétrique, vient de l'aile et sert au vol ; une rectrice, plus symétrique, appartient à la queue ; un duvet léger raconte l'isolation contre le froid. On la photographie à côté d'une main pour garder l'échelle, on note le lieu et l'espèce supposée dans le carnet, puis on la repose.
Si l'envie de créer persiste à la maison, pour un attrape-rêves, un carnet de sortie décoré ou un costume d'oiseau, des spécialistes de la plume naturelle proposent des plumes d'oie, de coq ou de faisan issues d'élevages, ce qui permet de prolonger l'atelier sans rien prélever sur les populations sauvages. Les enfants comparent alors les modèles d'élevage avec leurs photos de terrain, et l'activité devient un petit exercice d'identification.
Garder le fil des saisons d'une sortie à l'autre
Le carnet de terrain est l'outil le plus sous-estimé de l'observateur débutant. Noter la date, la météo, le site et les espèces vues permet, d'une année sur l'autre, de constater que les grues sont passées plus tôt ou que tel étang accueille davantage de canards. Les enfants y prennent goût vite, surtout quand ils retrouvent leurs propres dessins un an plus tard.
L'hiver offre aussi des occasions de participer à la science participative. Le comptage national des oiseaux des jardins, organisé fin janvier, demande seulement une heure d'observation depuis sa fenêtre. Mi-janvier, les comptages des oiseaux d'eau mobilisent associations et bénévoles sur les grands étangs lorrains. Autant de rendez-vous qui donnent une suite concrète aux sorties de novembre.
+Jusqu'à quand voit-on passer les grues cendrées au-dessus de la Lorraine ?
Le passage d'automne s'étale le plus souvent de fin octobre à début décembre, avec des pics après les coups de froid au nord de l'Europe. Le retour vers le nord, en février et mars, offre une seconde chance d'observation.
+Faut-il investir dans des jumelles haut de gamme pour débuter ?
Non, une paire d'entrée de gamme en 8x30 ou 8x42 suffit pour les canards et les grues. L'essentiel est qu'elle soit légère et que la mise au point se fasse facilement, surtout pour les enfants.
+Que dit la loi sur les objets naturels ramassés pendant une balade ?
Les règles varient selon l'objet et le lieu. Pour les oiseaux, la plupart des espèces sauvages sont protégées et la détention de leurs restes est encadrée. Dans une réserve naturelle, tout prélèvement est en principe interdit. Le plus sûr reste de photographier et de laisser sur place.
+Quelle tenue prévoir pour une observation au bord d'un étang en novembre ?
Plusieurs couches plutôt qu'un seul gros manteau, un bonnet, des gants fins qui laissent manipuler les jumelles et des bottes. Les couleurs neutres (vert, brun, gris) dérangent moins les oiseaux.